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Les troubles musculosquelettiques sont la première cause de retraite anticipée chez les dentistes. Voici ce qui peut changer la trajectoire.

On pense souvent que ce sont les problèmes de dos qui « viennent avec l'âge », une fatalité qu'on associe vaguement au métier sans trop s'y attarder. Toutefois, quand on regarde les données de plus près, l'ampleur du problème surprend : les troubles musculosquelettiques (TMS) ne sont pas juste un inconfort de fin de carrière chez les dentistes. Ils sont, dans les faits, la cause la plus fréquente de retraite anticipée pour raisons de santé dans la profession, devant les troubles de santé mentale, devant les maladies cardiovasculaires, devant à peu près tout le reste.
Une étude de référence menée auprès de 189 dentistes ayant pris une retraite anticipée pour des raisons de santé non menaçantes pour la vie a permis d'isoler les causes précises de ces départs :
55 % des cas étaient attribuables à des troubles musculosquelettiques: dos, épaules, cou, poignets.
28 % étaient liés à des troubles de santé mentale.
Le reste se répartissait entre des troubles neurologiques, circulatoires ou d'autres causes.
Fait encore plus frappant : la retraite anticipée pour raisons de santé s'est révélée quatre fois plus fréquente chez les dentistes que chez les médecins, à un âge médian aussi bas que 42 ans. Et parmi les répondants touchés par des TMS, 90 % considéraient que leur état de santé était lié au travail, dont près de la moitié le jugeaient « entièrement » attribuable à leur pratique clinique.
Autrement dit : ce n'est pas l'âge qui pousse les dentistes vers la sortie. C'est souvent le métier lui-même, exercé pendant assez d'années, qui finit par rendre la pratique impossible.
Ce n'est pas un hasard si cette profession se démarque autant. Le travail dentaire réunit plusieurs facteurs de risque en même temps, ce qui est rare dans d'autres métiers :
Des postures statiques prolongées. Contrairement à un travail physique dynamique, la dentisterie exige de maintenir une posture quasi immobile, souvent penchée, souvent avec les bras en légère élévation, pendant de longues minutes, plusieurs fois par jour, pendant des décennies.
Une précision fine sous contrainte visuelle. L'usage de loupes grossissantes et de champs de vision restreints oblige à figer le haut du corps pour garder une image stable, ce qui immobilise davantage les épaules et le cou que ne le ferait un travail moins précis.
Une charge répétée sur les mêmes structures. Les mêmes muscles (trapèze, sus-épineux, releveurs du cou) sont sollicités de façon quasi identique, patient après patient, sans réelle période de récupération dans une journée chargée.
Un accès limité aux ajustements ergonomiques en temps réel. Un fauteuil ou une position de patient ne se réajuste pas aussi facilement qu'un poste de bureau, la posture du praticien s'adapte souvent au patient, plutôt que l'inverse.
Ces éléments expliquent pourquoi certaines spécialités à forte exigence de précision, comme l'orthodontie et l'endodontie, figurent parmi les plus touchées dans la littérature scientifique.
Il est facile de réduire ce sujet à une question de confort. Mais les implications vont bien au-delà :
Pour le praticien, c'est une carrière entière construite sur des années de formation et de développement de compétences qui peut se terminer prématurément, souvent à un âge où d'autres professions n'envisagent même pas encore la mi-carrière.
Pour une clinique, c'est une perte de continuité pour les patients, une charge de recrutement imprévue, et parfois la fermeture pure et simple d'une pratique bâtie sur plusieurs années.
Pour le système de santé plus largement, c'est une perte nette d'expertise clinique dans un contexte où l'accès aux soins dentaires est déjà un enjeu dans plusieurs régions du Canada.
La bonne nouvelle, si on peut parler ainsi, c'est que la grande majorité des dentistes touchés considèrent leur état comme lié au travail, ce qui veut dire qu'il s'agit, au moins en partie, d'un risque qu'on peut réduire, et non d'une fatalité individuelle.
Les approches qui font une différence documentée incluent l'ajustement des postes de travail, des pauses actives et des exercices ciblés de renforcement, une révision périodique de la posture au fauteuil, et de plus en plus, des équipements de soutien conçus spécifiquement pour les contraintes du travail dentaire, dont les exosquelettes de bras, qui prennent en charge une partie du poids du membre supérieur pendant les interventions prolongées en élévation, réduisant ainsi la charge statique sur les épaules qui est au cœur du problème.
Aucune de ces mesures, prise seule, n'élimine le risque. Mais prises ensemble, et introduites tôt dans une carrière plutôt qu'en réaction à une douleur déjà installée, elles représentent la différence entre une carrière de dentisterie qui s'arrête à 42 ans et une qui se rend, en santé, jusqu'à la retraite planifiée.
La question posée en titre n'est donc pas rhétorique. Les données y répondent déjà assez clairement la vraie question qui reste, c'est ce que chaque praticien et chaque clinique choisit d'en faire.

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